Frère et soeur d’après Rodin, un exemplaire insolite en bronze fondu par les frères Montagutelli

 

 

A l’occasion de la prochaine vente d’un bronze d’après Auguste Rodin (1840-1917), revenons sur le procès singulier impliquant la fonderie Montagutelli en 1919, à la suite de la loi du 9 avril 1910 relative à la protection du droit des auteurs en matière de reproduction des œuvres d’art.

 

 

 

D’après Auguste Rodin (1840 – 1917)

Frère et sœur

Bronze

Porte la signature « A. RODIN »

Fonte Montagutelli avant 1919

Porte l’inscription : « Contrefaçon saisie au procès de 1919 souvenir offert à M. Faralicq »

H. 39 cm

Résultat : 14.800 €

 

Œuvre en rapport :

-Auguste Rodin, Frère et sœur, fonte Rudier de 1922, bronze, H. 38,3 cm, Paris, musée Rodin, n°inv. S.975

 

Littérature en rapport :

-Alain Beausire, Florence Cadouot, Frédéric Vincent, Correspondance de Rodin, Tome IV, 1913 – 1917, Paris, Musée Rodin éd., 1992, p. 36, lettre n°14 ;

-Elisabeth Lebon, Dictionnaire des fondeurs de bronzes d’art. France 1890-1950, Perth (Australie), Marjon éd., 2003, p. 202-204.

 

Ce sujet, Frère et sœur, est conçu vers 1890/1891 par Rodin en collaboration avec Camille Claudel. Notre bronze a été fondu dans les années 1910, du vivant de Rodin, par la fonderie Montagutelli. Les frères Montagutelli ayant reçu la commande par Rodin de faire couler en bronze Frère et sœur – comme l’atteste une facture de 200 F de la fonderie et datée du 27 mars 1913 – profitent de la confiance du maître de Meudon pour faire tirer à leur profit un certain nombre d’exemplaires illicites. Il porte l’inscription « Contrefaçon saisie au procès de 1919 / Souvenir offert à M. Faralicq » et fait partie des œuvres saisies lors du fameux procès de 1919. Au-delà de ses très belles qualités de fonte, notre bronze est un document historique qui nous raconte les relations complexes existant entre Rodin et ses fondeurs. C’est d’ailleurs à partir du procès de 1919 que la législation a commencé à s’intéresser à la notion de bronze authentique.

 

 

Philippo et Giovanni Montagutelli s’implantent à Paris en 1900 après avoir débuté leur carrière de fondeur à Rome. Ils exercent jusqu’en 1906 une activité de mouleur leur permettant ainsi de créer leur fonderie et de se faire une clientèle. Ils remportent de nombreuses médailles dès 1911 dans les divers salons et expositions jusqu’à être nommés officiers des Palmes académiques. Ces récompenses leur permettent d’acquérir une clientèle prestigieuse.  Dès 1913 Rodin leur confie la fonte de nombreux bronzes. Le maître s’aperçoit pourtant bien vite de l’existence de tirages illicites sortant de la fonderie Montagutelli et vendus en Angleterre. Les Montagutelli sont ainsi perquisitionnés et une quinzaine de plâtres sont découverts dans une réserve. Les preuves insuffisantes, la lenteur des procédures et l’audition du sculpteur Achille Fidi découragent Rodin et la plainte n’aboutira finalement pas.

Les deux frères voient leur réputation à nouveau mise à mal en 1919. Achille Fidi s’avère finalement être complice. L’affaire connait un retentissement énorme à la mesure de l’escroquerie que l’enquête dévoile petit-à-petit.

Montagutelli et Fidi ne sont pas les seuls impliqués. Il y a d’abord les voisins, le comte Bouyon de Chalus et sa femme, la veuve d’un oculiste qui aurait soigné le maître de Meudon. Le couple Bouyon dit détenir ces bronzes du médecin que Rodin lui aurait offert en remerciement.

Il y aussi et surtout Paul Gallimard et sa maîtresse Amélie Dieterle qui achètent les bronzes à Montagutelli, entre 100 et 170 francs, pour les revendre entre 35 000 et 85 000 francs. Montagutelli en découvrant cela trouve une autre clientèle, notamment un imprimeur morphinomane et un dentiste.

Au total 195 bronzes illicites sont saisis, dont la plupart sont tirés d’après les modèles de Rodin en plâtre. Ce sont en quelque sorte les vrais faux Rodin fondus illégalement d’après les vrais modèles du maître,que la presse s’amuse à décrire comme du « plus pur faux Rodin », à l’inverse des bronzes fondus d’après des modèles réalisés par le sculpteur Fidi imitant maladroitement des œuvres du maître ou en inventant d’autres.

René Faralicq, commissaire aux délégations judiciaires, est chargé de mener cette enquête. Il reçoit en remerciement de ce travail accompli des bronzes portant la mention « contre façon saisie au procès de 1919 » et « offerte à Monsieur Faraclicq ». Il reçoit ainsi un autre bronze, Camille Claudel au bonnet, portant les mêmes mentions.

 

Vente organisée le 14 novembre 2020 par l’Hôtel de Ventes Giraudeau, 246, rue Giraudeau, 37000 Tours