Gyula Halász, dit Brassaï (1899 - 1984)

Vénus blanche II

1971
Torse en marbre
Porte le monogramme de l'artiste "B" gravé sur la cuisse gauche
Oeuvre non fixée sur sa base, petite restauration au coin antérieur droit de la base

H. 22 cm, sur une base en marbre noir H.6,3 cm

Provenance : Acquis auprès de Gilberte Brassaï en1985 par le père de l'actuel propriétaire; par descendance

Estimate : 20.000 / 25.000 €

Hammer Price :

Related literature :-Brassaï, D.H. Kahnweiler, Les sculptures de Picasso, Paris, Les éditions du Chêne, 1949 ;
-Galerie Verrière, Brassaï-Sculptures, tapisseries, dessins, préface/texte de Gaston Diehl, cat. exp., Paris, Galerie Verrière, 22 mars-24 avril 1979 ;
-Alain Sayag, Brassaï, cat. exp. Paris, Musée national d’art moderne, 19 avril-25 juin 2000, Vérone, Edition le Seuil, 2000 ;
-Jean de Loisy, Formes simples, cat. exp., Metz, Centre Pompidou Metz, 13 juin-5 novembre 2014, Metz, Ed. du Centre Pompidou Metz, 2014, pp. 182-184, p. 187, pp. 200-202 ;
-Être pierre, cat. exp., Paris, Musée Zadkine, 29 septembre 2017-11 février 2018, Paris, Edition Paris Musées, 2017, p. 111 ;
-Préhistoire : une énigme moderne, cat. exp., Paris, musée national d’art moderne, 8 mai-16 septembre 2019, Paris, Centre Pompidou, 2019, p. 100.

Cette statuette en marbre poli aux formes simples et pleines appartient au rare et encore confidentiel corpus des oeuvres sculptées de Brassai.

Bien que mondialement réputé comme photographe, Brassaï, pseudonyme de Gyula Halász est un artiste polymorphe et polyvalent. La sculpture est un medium qui l’a attiré tout au long de sa carrière. Il l’étudie d’abord lors de sa formation à l’École des beaux-arts de Budapest, avant de s’intéresser au geste créateur d’un certain nombre de ses relations en France, dont Albert Giacometti et surtout Pablo Picasso. En 1943, Picasso lui propose de photographier ses sculptures, un travail auquel il consacre près de trois ans. Une profonde amitié les réunis et Brassaï réalise des photographies dans l’atelier de Boisgeloup pour le compte de la revue Minotaure, puis pour le premier ouvrage sur son Oeuvre sculpté alors peu connu, livre qui contenait le texte de D.-H. Kahnweiler.

S’il bénéficie dès la fin des années 1930 d’une reconnaissance internationale pour ses photographies Brassaï, rejette toute idée de spécialisation. Il s’adonne à de nombreuses pratiques artistiques. Ses thèmes de prédilection sont transposés d’un médium à l’autre – dessins, sculptures, tapisseries – qui dialoguent et se répondent.

Brassaï se lance dans la pratique de la sculpture à partir des années 1950 et plus régulièrement dans les décennies 1960-1970.

Dans un texte qu’il publie à l’occasion de l’exposition de ses œuvres sculptées tenue en 1972 à la Galerie Verrière dirigée à l’époque par Jeanne Bucher-Myrbor, l’artiste indique le chemin suivi qui l’amène à transformer des galets ramassés, d’abord dans l’Adour dans les Pyrénées, puis sur les plages de la côte méditerranéenne. Les formes simples et aléatoires de ces pierres qui tiennent dans la main et leur long façonnage lui apportent l’émotion et la sensualité du geste primaire et instinctif du toucher. Elles évoquent les premières oeuvres de l’humanité, les premières divinités maternelles telles que la Vénus de Lespugue ou les idoles cycladiques. Pour lui, comme pour un certain nombres d’artistes d’avant-gardes, le minéral redevient un terrain d’exploration à la fois onirique et tangible. La représentation du corps résumé à l’aspect le plus essentiel et synthétique dégage par son abstraction une expression “frémissante de vie”.

Ainsi explique-t-il son processus créatif: “La mer est un merveilleux sculpteur. J’ai eu cette révélation sur un rivage des Pyrénées, il y a juste un quart de siècle. Frappé par la beauté que revêtent les galets, j’ai taillé mes premières sculptures en partant des pierres ramassées sur la grève. Lorsqu’érodés et polis par l’incessant va et vient des vagues les galets sortent manufacturés de la gigantesque usine marémotrice, ils sont autant de sculptures taillées on dirait par une main sensuelle. Elément d’un vocabulaire premier de l’art lapidaire, chargés de potentialités, ils peuvent suggérer un visage, une tête, un oiseau, un poisson, un corps humain selon l’imagination ou les obsessions de chacun. La reconnaissance est parfois immédiate, parfois il se passe des années jusqu’à ce qu’un galet vous parle et vous révèle son identité. Le “modèle” n’est jamais extérieur, il gît dans la pierre même. Et l’on n’a jamais la sensation d’inventer ou de créer, mais simplement de délivrer… Je suis persuadé que l’art est né non de forme inventées de toute pièce mais de celles auxquelles l’imagination pouvait donner une signification. J’ai dû obéir sans doute à de semblables injonctions.” .
Une photographie de Brassai prise par son épouse sur la plage d’Eze près de Beaulieu-sur-Mer sur la côte d’Azur en 1952, l’illustre d’ailleurs en plein processus créatif.
L’artiste aime la matière. Outre les galets, il choisit divers matériaux, serpentine, marbres de différentes couleurs, ou onyx. Ici il façonne et polit un petit fragment de marbre blanc d’où a surgi ce torse sensuel de “Vénus”. Ses œuvres sculptées s’intègrent également dans son travail photographique comme en témoigne un cliché de cette sculpture pris en 1971.

 

Un certificat d’authenticité rédigé par Philippe Ribeyrolles pour le compte de l’Estate Brassaï Succession en date du 13 octobre 2025 sera remis à l’acquéreur.

Saturday 31 January 2026 Maître Perrine BELLIER & Maître Nicolas FIERFORT Evreux
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