École française du XIXème siècle d'après Antoine-Denis Chaudet (1763-1810)

Paul et Virginie au berceau

Modèle en plâtre datant de 1795; fonte de Soyer et Ingé vers 1834
Bronze à patine verte
Petites usures à la patine, petites traces d'oxydation
Signé 'Chodet' sur le drapé tombant du côté droit du berceau

H. 24,5 x L. 28,9 x P. 17,4 cm

Provenance : Probablement le bronze exposé en 1834 à l'Exposition des produits de l'industrie française ; vente du fonds de la fabrique de MM Soyer et Ingé, le 14, 15 et 16 octobre 1841, lot 45

Estimate : 5.000 / 7.000 €

Hammer Price :

N° de lot : 118

Related literature :-CP Landon, Précis historique des productions des arts, peinture, sculpture, architecture et gravure, tome 1, Paris, imprimerie Didot, 1801, p.27 et p.151, p.360; -C.P.Landon, Nouvelle des arts peintures, sculptures, architecture et gravure, tome second, Société des amis des arts, Paris, impremrie Migneret, an XI, 1802, p.84;
- Journal des débats du 30 mai 1834, Exposition des produits de l'industrie, pavillon n°4;
- Catalogue des bronzes d'art, de cabinet et d'ameublement, dont la vente aura lieu en vertu d'un Jugement du Tribunal de Commerce de Paris, rue des Jeuneurs , 16. le 20, 21, 22,23 et 24 juillet 1841par Me Debergue, avocat, commissaire-priseur rue Saint-Fiacre, 5, Paris, imprimerie Maulde et Renou, 1841, n°11,
-Catalogue des modèles de pendules, candélabres, groupes, statuettes et objets divers dépendant de la fabrique de MM Soyer et Ingé, le 14, 15, 16 octobre, par Me Debergue, avocat, commissaire-priseur rue Saint-Fiacre, 5, Paris, imprimerie Maulde et Renou, 1841, n°45;-Ss dir. T. Préaud et G. Scherf, La Manufacture des Lumières. La sculpture à Sèvres de Louis XV à la Révolution, Cat.Exp. tenu du 16 septembre 2015 au 18 janvier 2016, édition Faton, 2016, n°259 p.273;
-S. Deschamps-Tan et Come Fabre , Sage comme une image, L'enfance dans l'œil des artistes
(1790-1850) , catalogue de l'exposition tenue au Mans, musée de Tessé, du 14 février au 8 juin
2025, puis à Bordeaux, au MusBA, du 10 juillet au 3 novembre 2025, Paris, Lienart, 2025; cat.3 et
cat.5.

OEuvres en rapport :
– Antoine-Denis Chaudet (1763-1810), Paul et Virginie, 1801, plâtre, 27 x 19,5 x 29,5 cm, Sèvres-Cité de la Céramique, n°inv.Casier 451
– Antoine-Denis Chaudet (1763-1810), Paul et Virginie au berceau, 1802, marbre, 22,5 x 29 x 18 cm, Paris, collection particulière.
– Antoine-Denis Chaudet (1763-1810), Paul et Virginie, terre cuite,mentionnée dans le vente après décès du chevalier Ferréol Bonnemaison organisée par Maitre Lacoste, du 8 au 16 avril 1827, lot 193.
– Jeanne-Élisabeth Chaudet (1767-1832), Enfant endormi dans un berceau sous la garde d’un chien courageux qui vient de tuer près de lui une énorme vipère, 1801, huile sur toile, 114 x 134 cm, Paris, Musée du Louvre, RF 706 .

Ce rare bronze signé ‘Chodet’ illustre un aspect moins connu de l’œuvre du célèbre sculpteur néoclassique Antoine-Denis Chaudet. Reconnu comme l’un des sculpteurs officiels de Napoléon et auteur des bustes impériaux diffusés dans tout l’Empire, il se révèle ici artiste de l’intime, en réalisant une scène d’une grande tendresse liée à sa vie personnelle. Intitulée officiellement Paul et Virginie au berceau, l’œuvre représente deux enfants nus endormis – un garçon et une fillette – serrés l’un contre l’autre dans un couffin d’osier dans un geste d’amour et de protection mutuelle. Au pied du couffin repose un chien assoupi. De cette scène émane une paix mélancolique où l’innocence se mêle à une dimension quasi funéraire. Le titre, emprunté au célèbre roman de Bernardin de Saint-Pierre (1788) très à la mode à l’époque, transforme une scène douloureusement personnelle en symbole universel de l’enfance idéale. Antoine-Denis et son épouse, la peintre Jeanne-Élisabeth Chaudet, perdirent leurs deux fillettes en bas âge : Amitié Sincère, née en 1794, et Jeanne-Élisabeth, morte quelques jours après sa naissance. Cette perte indicible transparait avec pudeur dans l’œuvre du couple qui sublime leur deuil en créations artistiques dans un dialogue fécond entre sculpture et peinture. L’œuvre fait directement écho au tableau de Jeanne-Élisabeth exposé au Salon de 1801, Enfant endormi dans un berceau sous la garde d’un chien courageux qui vient de tuer près de lui une énorme vipère. Là où la peintre introduit tension dramatique, danger et inéluctabilité d’une fin tragique, le sculpteur propose apaisement et éternité : le chien, rassuré, s’est endormi à son tour. L’exposition en 2025 Sage comme une image ? a permis pour la première fois depuis des décennies de réunir le marbre original et le tableau de Jeanne-Élisabeth, dans un face-à-face poignant de deux sensibilités conjuguées face à l’indicible deuil personnel.
Présenté en plâtre au Salon dès 1795, le modèle de Paul et Virginie d’Antoine-Denis Chaudet est immédiatement commandé en marbre par la Société des amis des arts. Cette version en marbre est exposée au Salon de 1802, la même année que le modèle en plâtre de la plus célèbre oeuvre de Chaudet L’Amour ramassant un papillon (Paris, musée du Louvre, inv.LL 56). Contrairement à L’Amour ramassant un papillon qui connait de nombreuses éditions successives en divers matériaux au XIXème siècle, Paul et Virginie au berceau est une œuvre beaucoup plus rare. La manufacture de Sèvres en possède un modèle en plâtre enregistré, semble-t-il depuis 1801, sans qu’à notre connaissance une édition en biscuit n’ait été lancée. Trois catalogues de ventes des années 1820, notamment celui de la collection de Feuchère Père le 19 janvier 1829, signalent la dispersion de versions en terre cuite de ce sujet.
Notre bronze édité de manière posthume pourrait être, quant à lui, une fonte unique. Réalisé par la prestigieuse maison Soyer et Ingé vers 1834, il s’agit probablement de l’exemplaire présenté sur le stand de cette fonderie à l’Exposition des produits de l’industrie française de 1834. Cette manifestation nationale était destinée à promouvoir l’excellence manufacturière française. Le Journal des débats daté du 30 mai 1834 rapporte: ” Ce qui distingue les bronzes de MM. Soyé et Ingé, c’est une certaine grâce mêlée de vivacité qui règne dans la plupart des objets de petite dimensions qu’ils ont exposés. Le groupe de Paul et Virginie au berceau, par Chaudet, et, celui de Mars et Vénus, sont des ouvrages de fonte où l’on sent qu’une volonté d’artiste a présidé”. Suite à la faillite de la fabrique, deux ventes aux enchères du fonds sont organisées à quelques mois d’intervalle en juillet et octobre 1841 par Me Debergue. On retrouve certains lots invendus en juillet dans la seconde vente d’octobre. Cela pourrait être le cas de notre oeuvre mentionnée dans les deux catalogues avec la même erreur dans l’orthographe de la signature : “Paul et Virginie, par Chodet”, lot 11 puis lot 45 .
Saturday 06 June 2026 De Baecque et Associés Versailles
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