Victoria Adelaïde Mary Louisa, princesse royale d’Angleterre et princesse royale de Prusse (1840-1901)

Lady Jane Grey lisant (1537 -1554) et Mary Stuart en prière (1542-1587)

Modèles créés en 1860
Paire de bas-reliefs en plâtre
Portent un cartel à l’avant : « Moulage d’un Bas-relief/exécuté par la/ princesse royale de Prusse/ mère de Guillaume II/ née princesse royale/ d’Angleterre/ Elève du baron de Triqueti » et une étiquette avec l’inscription manuscrite au revers « Fait et offert au baron Henry de Triqueti / Par la Princesse royale de Prusse/ Princesse royale d’Angleterre »
Accidents et restaurations sur le relief de Jane Grey

Dim. 40 x 40 cm dans un encadrement en bois clair, dim. 57 x 55,5 cm et dim. 60 x 56 cm

Provenance : Offerts par la princesse royale de Prusse Victoria à Henry de Triqueti en 1864 lors de son séjour en Allemagne ; château de Perthuis, par descendance.

Estimate : 10.000 / 12.000 €

Hammer Price :

N° de lot : 85

Related literature :-Wilfried Rogasch, ed., Victoria & Albert, Princess Victoria & the Kaiser, cat. exp., Deutsches Historisches Museum, Berlin, Deutsches Historisches Museum, Berlin, 1998 ;
-Andreas Donler, Christine Klössel, Markus Miller, Im Schatten der Krone: Victoria Kaserin Friedrich : 1840 -1901: ein Leben mit der Kunst: Hessische Hausstiftung, Museum Schloss Fasanerie, Eichenzell bei Fulda, Cat. Expo tenue du 02 juin au 31 octobre 2001.

Bibliographie :
-Richard Dagorne et Nerina Sanotorius, « A la cour de Prusse », ss dir. I. Leroy-Jay Lemaistre, Henri de Triqueti 1803-1874, Le Sculpteur des Princes, cat. exp, Orléans, musée des Beaux-Arts, Montargis, musée Girodet de Montargis, 3 octobre 2007-6 janvier 2008, Paris, Hazan, pp. 166-175, illustrés p. 169 ;
-Jonathan Marsden, “Princess and Pupil. New works by Susan Durant and Victoria, Princess Royal of Prussia”, in Kulturgeschichte Preussens-Vorträge und Foschungen 8, 2023, en ligne.

Œuvre en rapport :
– Hills & Saunders (1852-2019), Salon d’orgue ou salon de réception du prince consort, Buckingham Palace, 1873, photographie, 15,6 x 20,5 cm, Royal Collection Trust, n°inv. RCIN 2101749 ; https://www.rct.uk/collection/2101749

 

Ces deux œuvres en plâtre réalisées en 1860 figurent deux célèbres reines de l’époque du XVIème siècle, Lady Jane Grey (1537-1554) et Marie Stuart (1542-1587), l’une en pleine lecture, l’autre en prière. La représentation de ces héroïnes de l’histoire dynastique anglaise répond à l’attrait historiciste du milieu du XIXème siècle pour les mises en scène d’épisodes historiques représentant des personnalités des époques médiévales et renaissances, et, à la mode romantique illustrant des destinées tragiques. Conçues par la fille aînée de la reine Victoria et du prince consort Albert de Saxe-Cobourg-Gotha, la princesse Victoria, elles se dotent d’une portée hautement politique qui surpassent ces sujets à la mode.

Dès son plus jeune âge, la princesse « Vicky » porte de l’intérêt pour les arts. Son père le prince Albert l’encourage d’ailleurs dans son travail de sculptrice, lui expliquant que le modelage est « encore plus attrayant que la peinture, car la pensée y est réellement incorporée ». Si la princesse Louise reçoit des cours après la mort du Prince consort donnés par Susan Durant, l’élève de Triqueti, il n’est pas sûr que Victoria reçoit personnellement des cours de Triqueti. Elle s’adonne à cette activité dès la fin des années 1850, après son mariage en 1858 avec le prince Frédéric de Hohenzollern, après son départ en Allemagne pour diriger sa nouvelle cour. Elle exécute principalement des portraits de son entourage – des membres de sa famille ou des courtisans. En juin 1861, elle envoie de Berlin un portrait en plâtre de sa belle-mère, Augusta de Saxe-Weimar Eisenach, reine de Prusse (1811-1890) (non localisé). Après le décès prématuré de son père en 1861, elle s’attèle à son portrait posthume, transposé dans le marbre par le sculpteur berlinois Hugo Hagen (Victoria Princesse royale de Prusse, Albert, Prince Consort, 1864, marbre, H. 77,5 cm, Royal Collection, Windsor Castle, RCIN 31609).

Ici, elle réalise de petits bas-reliefs mettant en scène des femmes victimes de luttes de successions violentes, exemplaires de piété, d’innocence et de loyauté familiale. Offerts à son père en même temps qu’un relief présentant les Princes in the Tower, ils ont sans doute été pensés par la jeune princesse, comme modèles à suivre de sacrifice, de conscience religieuse et de devoir dynastique. Ces vertus fondent une idéologie morale, un des piliers de l’éducation de la fille aînée de la reine Victoria destinée un jour à gouverner avec courage, piété et honnêteté. Réalisées pour son père après son mariage, ces deux figures opposées par leurs confessions religieuses, emblèmes de la fragilité de la légitimité dynastique, manifestent chez la nouvelle et jeune tête régnante de Prusse, une maturité intellectuelle et une conscience politique bien ancrées.

Si les deux premiers tirages offerts à son père sont installés dans l’Organ Room de Buckingham, espace très apprécié par le prince où il rassemblait ses œuvres préférées (Hills & Saunders (1852-2019), Salon d’orgue ou salon de réception du prince consort, Buckingham Palace, 1873, photographie, 15,6 x 20,5 cm, Royal Collection Trust, n°inv. RCIN 2101749), nos deux exemplaires ont, quant à eux, été remis en cadeaux à Henry de Triqueti le 26 avril 1864.
Ils témoignent de la relation amicale et artistique établie entre le sculpteur et la princesse depuis la fin des années 1850. Les œuvres sont offertes à l’artiste alors que ce dernier séjourne à Berlin auprès de la princesse. Il est venu lui rendre visite dans le cadre de la préparation de la commande du décor de la chapelle de Wolsey, qu’il obtient grâce au concours de la jeune femme. Ces œuvres de style néo-renaissant font écho aux goûts et à l’éducation du sculpteur.
Au même titre que le portrait posthume de son père, ces deux bas-reliefs réalisés par la princesse témoignent de sa forte implication dans la véritable « industrie mémorielle » (terme de Jonathan Marsden) mise en place avec la mort du Prince consort en 1861. Ils révèlent aussi l’importance que donnent les membres de la famille royales aux images commémoratives dynastiques. Ils manifestent l’intérêt de la princesse pour la sculpture, activité artistique alors peu répandue chez les femmes de haut rang (exception faite de Marie d’Orléans, fille du roi Louis-Philippe d’Orléans (1813-1839)). Si elle n’a jamais cherché à mettre en avant ses sculptures réalisées pour une sphère intime, la mention qu’elle fait de cette activité dans une lettre de 1859 adressée à son père ne peut qu’émouvoir : modeler était « the most fascinating occupation in the world » (cit. Jonathan Marsden p.14). Contrainte à une vie publique remplie de prérogatives et de responsabilités, la Princesse trouve dans l’art de sculpter un refuge dans lequel son âme d’artiste peut s’exprimer librement.

Thursday 12 February 2026 Ader Hôtel Drouot, salle 9
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