Henry de Triqueti (1803-1874)

Blanche de Triqueti (1837-1886)

ca 1852
Buste-médaillon en marbre blanc
Titré à gauche du visage « BLANCHE / DE T. /AE.T.X.V. »
Signé sous l’épaule droite « H.DE/TRIQUETI »

Dim. : 58 x 50 cm sur une base en marbre vert de mer H. 13 cm (H. totale 71,5 cm)

Provenance : Château de Perthuis, par descendance

Estimate : 20.000 / 40.000 €

Hammer Price :

N° de lot : 87

Related literature :

Bibliographie :
-Ss dir I. Leroy-Jay Lemaistre, Henri de Triqueti 1803-1874, Le Sculpteur des Princes, cat. exp, Orléans, musée des Beaux-Arts, Montargis, musée Girodet de Montargis, 3 octobre 2007-6 janvier 2008, Paris, Hazan, p. 33, p. 35, p. 51, p. 67, cette œuvre reproduite sous l’illustration 79, p. 68, p. 93, pp. 87-88.

Œuvres en rapport :
-Henry de Triqueti, Buste médaillon de Blanche de Triqueti,  vers 1852, œuvre préparatoire en plâtre, fer et bois, H. 59,1 cm, Montargis , musée Girodet, n°inv. 989.139 ;
-Henry de Triqueti , Projet pour les Bustes de Florence et Alice Campbell, œuvre préparatoire en plâtre, 1855, Montargis , musée Girodet ;
-Henry de Triqueti, Juliette Ferrus, plâtre patiné, 1860, Montargis, Musée Girodet ;
-Henry de Triqueti , Portrait de femme, marbre,1850, 58,1 x 43,2 x 20,3 cm, Metropolitan Museum of Art, New York, n°inv. 1994.42.

Lors de la Révolution de 1848 Triqueti a perdu ses principaux commanditaires et soutiens, la famille d’Orléans partie se réfugier en Angleterre. Le sculpteur a d’ailleurs été gravement blessé en juin de cette année lors de son engagement courageux dans la garde nationale. Parti en convalescence dans le Béarn avec sa famille et ses amis les Devéria, il travaille moins, se ressource auprès des siens et se convertit au protestantisme. C’est dans ce contexte qu’il taille dans le marbre le portrait de sa fille bien-aimée, Blanche, alors âgée de 15 ans.
Grand connaisseur de l’art antique et de la Renaissance italienne Triqueti adapte pour ce portrait à la fois intime et savant le type du « buste-médaillon ». S’inspirant des « imago clipeata » (image-bouclier) de l’Antiquité gréco-romaine et du « tondo » de la Renaissance florentine, le sculpteur inscrit le portrait de sa fille en très haut-relief dans un cadre circulaire au fond concave largement creusé. Il reprend à son compte une typologie de portrait réservé à l’aristocratie sous l’antiquité qu’il a aussi admirée sur la porte du Paradis de Lorenzo Ghiberti (1378-1455) à Florence, pour en faire une œuvre romantique, singulière et moderne. Le pourtour de ce grand disque de marbre blanc est décoré de lierre, symbole de la longévité et de l’amour constant. Le musée Girodet conserve un beau plâtre préparatoire sur lequel la plante grimpante est modelée avec grand soin. Ce décor végétal, le costume et les cheveux de la jeune fille retenus en un lâche et souple chignon dans une résille lacée sur le haut du front, renvoient encore aux portraits féminins de la Renaissance (vers 1852, œuvre préparatoire en plâtre, fer et bois, H. 59,1 cm, Montargis, musée Girodet, n°inv. 989.139). Ces éléments s’approchent aussi du courant préraphaélite que Triqueti n’a pu ignorer si l’on songe à ses nombreuses fréquentations anglaises et aux importants projets britanniques qui s’annoncent. L’imposant et coûteux bloc de marbre ainsi que les flatteuses références à l’antiquité et aux grands maîtres de la Renaissance laissent imaginer les grandes espérances et l’amour inconditionnel d’un père pour sa toute jeune fille de quinze ans.
La fille aînée du sculpteur deviendra artiste et femme de lettres. Blanche tiendra salon, fréquentera les écrivains en vogue, se liera d’une amitié profonde avec l’archéologue et historien Salomon Reinach et soutiendra Pierre Loti avec qui elle entretiendra une importante correspondance. Elle écrira dans la revue des Deux-Mondes, s’adonnera à la peinture et réalisera des portraits dont celui de Washington conservé au musée d’Orsay (Portrait de Washington en buste, 1869, gouache de forme ovale, dim. 24,8 x 19,7 cm, n°inv. RF5166). Après un premier mariage malheureux avec un banquier parisien, elle mènera une vie romanesque et mouvementée. Elle épousera en secondes noces à Philadelphie Edward Lee Childe, le neveu du célèbre général sudiste Robert Lee (1807-1870).
Avec le même talent qui confère à ces portraits une distinction à la fois nostalgique et intemporelle Triqueti emploie avec succès ce procédé du buste-médaillon dans la décennie 1850. On peut citer entre autres les sœurs Campbell exécutées en 1856 (Projet pour les bustes de Florence et Alice Campbell, 1855, plâtre patiné, Montargis, musée Girodet, Portrait médaillon de Florence and Alice Campbell, 1857, signé « H. de TRIQUETI » ; H. 72,5 cm, marbre sur une base en bois de rose et marbre vert antique, H. 113 cm, en attente de licence d’exportation au Royaume-Uni).

Thursday 12 February 2026 Ader Hôtel Drouot, salle 9
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