Dans les vapeurs d’encens

Gazette Drouot n°14
Vendredi 10 avril 2026

Un brûle-parfums étrusque de belle provenance côtoie un buste de Martin-Claude Monot,
salué en son temps par Diderot.
Cette pièce est rare à plus d’un titre. Par son origine, en premier lieu, puisqu’elle se rattache à l’art étrusque de la fin du VIe ou du début du Ve siècle av. J.-C. Par son type ensuite, comme Jörg Deterling, consultant pour ce bronze, l’explique. « La fonction du thymiaterion est à la fois rituelle et religieuse : il servait à produire de la fumée parfumée lors de cérémonies », rappelle- t-il. C’est pourquoi l’objet est parfois plus simplement nommé « encensoir » ou « brûle-parfums ». Celui-ci se distingue enfin par sa provenance, car même s’il n’en porte pas l’étiquette, il est passé par les mains expertes de Charles Ratton, pionnier et œil parmi les plus ouverts et les plus aiguisés du monde de l’art du XXe siècle. Ce thymiaterion apparaît en effet dans une publicité passée dans le magazine L’Œil en 1986 par la galerie Charles Ratton et Guy Ladrière. Le kouros formant le corps du support est typiquement étrusque par sa représentation formelle. Il est associé à des têtes de gorgone (ornant la base) et à un satyre, au sommet, soutenant le réceptacle orné d’une frise d’oiseaux. Ces éléments traduisent une influence grecque encore prégnante. L’encens était importé d’Orient. Il s’agissait d’un produit coûteux et de grand luxe, donc réservé à une élite. Il en allait de même de ce thymiaterion, complet de toutes ces pièces et présenté dans une belle patine.

C’est pourquoi les lots qui vont l’entourer dans cette vente ont été rigoureusement sélectionnés. Ainsi du buste en marbre blanc de Guy Jean-Baptiste Target, avocat au Parlement (1733- 1807) sculpté en 1769 par Martin-Claude Monot (reproduit page 44). Monot, lauréat du premier prix de sculpture en 1760, part à Rome avant d’intégrer en 1769 l’Académie royale. Loué par les seuls amateurs érudits du XVIIIe siècle, il mériterait une plus grande reconnaissance, et ce marbre, présenté au Salon de 1769, en atteste avec éclat. L’homme de loi est fixé « au naturel », sans perruque ni costume d’apparat. Cette simplicité marque un jalon dans l’art du portrait sculpté, le faisant évoluer vers un naturalisme à la recherche de la vérité psychologique. Elle annonce le vérisme des futurs portraits de Houdon et Pigalle. Diderot ne s’y trompa pas, qui loua l’œuvre alors qu’il appréciait fort peu son auteur !

MARDI 14 AVRIL, SALLE 2 – HÔTEL DROUOT. GIQUELLO OVV. CABINET LACROIX-JEANNEST

Martin-Claude Monot (1733-1803), Guy Jean-Baptiste Target, avocat au Parlement (1733-1807), buste en marbre blanc, signé et daté 1769, h. 41,5 cm, l. 30,5 cm. Estimation : 20 000/30 000 €

17 avril 2026