BRASSAÏ SCULPTEUR
GAZETTE DROUOT n°3
Vendredi 23 janvier 2026
Directement acquise auprès de Gilberte Brassaï, cette œuvre est un rare témoignage de la production sculptée de ce photographe du Paris de l’entre-deux-guerres… et de son goût pour les idoles primitives. « La mer est un merveilleux sculpteur. J’ai eu cette révélation sur un rivage des Pyrénées, il y a juste un quart de siècle. Frappé par la beauté que revêtent les galets, j’ai taillé mes premières sculptures en partant des pierres ramassées sur la grève… Le “modèle” n’est jamais extérieur, il gît dans la pierre même. Et l’on n’a jamais la sensation d’inventer ou de créer, mais simplement de délivrer… » C’est ainsi que Brassaï expliquait, dans un texte publié à l’occasion de l’exposition de ses œuvres sculptées en 1972 à la galerie Verrière – dirigée à l’époque par Jeanne Bucher –, l’origine de son goût pour la sculpture ainsi que l’élaboration de son processus créatif. Si l’artiste, arrivé à Paris en 1923, est rapidement connu pour ses photographies, il n’en oublie pas pour autant les autres médiums, pratiquant aussi bien le dessin que l’écriture ou même, plus tard, le cinéma. Dès 1932, Picasso, dont il est un ami, lui propose de photographier ses sculptures dans son atelier parisien, puis en 1943 au château de Boisgeloup. Les clichés seront publiés dans la revue Minotaure et sous forme d’un album, Les Sculptures de Picasso, en 1949. Une première étape avant la révélation au contact des galets trouvés dans le lit de l’Adour, dans les Pyrénées, puis au début des années 1950 sur les plages de la Côte d’Azur, à Beaulieu-sur-Mer. Celui qui était devenu célèbre pour ses photos d’un Paris marginal et mystérieux durant l’entredeux-guerres commence à s’adonner régulièrement à cet art dans les années 1960-1970. Cette Vénus blanche II de 1971 appartient à ce corpus restreint, tout comme Amuletta I de la même année, en marbre blanc et rose, donnée au Centre Pompidou en 2002 par sa veuve, Gilberte. C’est auprès de cette dernière que le père de l’actuel propriétaire de notre torse l’a acquis en 1985. L’œuvre est restée jusqu’à ce jour dans sa descendance. Si Brassaï commence par travailler des galets, le « maître du noir et blanc » se tourne ensuite vers le marbre, grâce auquel il renoue avec les premières divinités sculptées de la préhistoire, telle la Vénus de Lespugue, ainsi qu’avec les idoles cycladiques de l’âge du bronze ancien. Proche des surréalistes, Brassaï recherche l’aspect le plus essentiel et synthétique du corps humain, à la limite de l’abstraction. Il laisse son inconscient s’exprimer, en quête d’une forme et d’une matière dont émane le souffle de la vie.
SAMEDI 31 JANVIER, ÉVREUX. HÔTEL DES VENTES D’ÉVREUX OVV. CABINET LACROIX – JEANNEST.
Brassaï (1899-1984), Vénus blanche II, 1971, torse en marbre, monogramme « B » gravé sur la cuisse gauche, h. 22 cm. Estimation : 15 000/20 000 €
