César – Entre modernité et tradition

Le Centre Pompidou présente jusqu’au 26 mars 2018 une rétrospective consacrée à César Baldaccini, dit César, icône du Nouveau Réalisme, disparu il y a vingt ans. L’artiste qui fut hier conspué est aujourd’hui adulé par la même foule anonyme qui se presse actuellement dans les salles du Centre Pompidou, tentant de percer les mystères de cet artiste incompris.

 

La muséographie

La rétrospective de César adopte un parti pris muséographique qui nous permet une déambulation libre, notamment entre les obélisques compressés. La confrontation directe avec les œuvres est particulièrement appréciable. Nous retrouvons une muséographie à la fois classique, sur socle, et moderne grâce à la présentation d’œuvres monumentales rarement exposées. Les process utilisés par l’artiste sont expliqués dès l’entrée par des projections vidéo. Elles sont à voir comme une mise en scène de Happening et une démonstration des différentes phases de créations avec les différentes techniques de sculpture. Retour sur les expériences de sculpture qui ont jalonné son œuvre.

Les techniques d’Assemblages, les Compressions ou les Expansions sont dictées à César par la nécessité de la matière à être mise en forme. L’artiste réactualise le statut de sculpteur : il imprègne sa gestualité dans le matériau et adopte de nouvelles techniques.

 

Les Assemblages

Avec les fers soudés, César assemble des éléments hétérogènes (boulons, tiges métalliques) comme Rodin assemblait ses abattis avec la technique du marcottage. C’est grâce au fer à souder et au métal magmatique monté à température de fusion que César construit ses sculptures, il se compare à un maçon. Les squelettes métalliques, froids et figés, aux formes aigues, se mettent en mouvement ; les ailes d’oiseaux hybrides s’animent sous nos yeux. C’est grâce à leurs titres poétiques que les sculptures s’ancrent dans une dimension figurative.

L’artiste utilise l’objet de rebus, le sacralise, comme le sculpteur démiurge sacralisait la glaise, terre nourricière. Le rebus protégé représente un témoignage concret de cette époque, intéressant à préserver et à livrer à la postérité. César préserve le présent fugace, redonne de la préciosité aux objets trop vite obsolètes de la société de consommation. Cette volonté s’illustre dans la série des Enveloppements, qui donne à l’artiste un statut d’archiviste, de conservateur des traces du présent pour les générations futures.

 

Les Compressions

Dans ses Compressions, César allie modernité des matériaux et référence aux techniques anciennes. Avec les carcasses de voiture, César tire le potentiel de la couleur émaillée, qui offre brillance et luminosité à ses œuvres. Il broie les objets comme avant lui les peintres broyaient leurs pigments. Déjà avec les Assemblages, César ajoutait des couleurs chaudes et nuancées à ses sculptures en les aspergeant d’huile chaude, connue comme liant traditionnel de la peinture. A la fin de sa vie César renouvelle son approche artistique, se réappropriant le format classique et muséal. En travaillant le rebus coloré avec la verticalité d’une toile abstraite, César fait écho aux affiches publicitaires colorées et déchirées de ses contemporains Jacques de la Villeglé ou de Raymond Hains.

 

Les Expansions

Les Expansions sont composées d’antagonismes, de dynamisme figé. Elles semblent fusionner avec des éléments exogènes – théière, chaussure – dont elles s’échappent ou qu’elles englobent. Les situations sont retravaillées par l’artiste durant la brève période de fixation de l’œuvre. Les Expansions illustrent la maîtrise de la matière, la lutte contre l’apesanteur. Elles constituent une phase essentielle d’innovation dans l’œuvre de César, une fenêtre nécessaire au renouvellement des techniques et du vocabulaire de l’artiste. Il utilise l’Expansion en fonte de fer pour repenser son œuvre. Elles ouvrent la porte à une phase artistique davantage introspective. En effet, les fétiches en plâtre et les autoportraits sont les témoins de la maturité et du besoin de César de rendre hommage aux maîtres et aux nouveaux héros du quotidien.

 

La scène artistique contemporaine

César partage la préoccupation des artistes qui lui sont contemporains, tels Alberto Giacometti (1901-1966) et Pablo Picasso (1881-1973) : actualiser le médium sculpture et la représentation figurative des corps par une nouvelle approche du matériau. L’exposition ne met pas en valeur l’appartenance de César au mouvement des Nouveaux Réalistes. Pourtant, la série des Enveloppements peut être comprise à l’aune du travail de Christo (1935-) et de Jeanne-Claude (1935-2009). De même, la sérialité et la monochromie de la Suite milanaise nous rappelle le travail d’Yves Klein. César partage les valeurs d’Yves Klein et de Jean Tinguely (1925-1991), ainsi que celles d’artistes conceptuels, préférant laisser s’accomplir le geste créatif par la machine plutôt que par l’artiste. Cette notion d’effacement de la main de l’artiste parait paradoxale avec la déclinaison monumentale du pouce de César.

17 avril 2018