Auguste Rodin (1840 - 1917)

Nu féminin couché sur le côté, dit la Fatigue

Modèle créé avant 1884, fonte posthume de 1931
Bronze à patine brune
Signé « A. Rodin » et numéroté « 1/12 » sur la base, à l’avant du pied
Porte la marque du fondeur « ALEXIS. RUDIER. / Fondeur. / PARIS » sur le bord de la terrasse et porte le cachet en relief « A. Rodin » à l’intérieur
Porte une étiquette portant l’inscription « La Fatigue » à l’intérieur

H. 17 x L. 51 x P. 19,5 cm

Provenance : Ancienne collection Maurice Fenaille Vente Piasa 21 juin 2006 Galerie Univers du Bronze, Paris Collection particulière.

Estimation : 50.000 / 70.000 €

Prix au marteau :

N° de lot : 99

Littérature en rapport :- Claudie Judrin, Rodin et les écrivains de son temps : sculptures, dessins, lettres et livres du fonds Rodin, cat. exp., Paris, musée Rodin, 23 juin – 18 octobre 1976, Paris, musée Rodin, 1976, p. 63 ;
- Éric Hoppenot, « Auguste Rodin et la littérature française du XIXème siècle », dans Alberto Fiz (dir.), Rodin et les écrivains : Dante, Balzac, Hugo, Baudelaire, cat. exp., Aosta, Centro Saint-Bénin, 18 décembre 2004 – 3 avril 2005, Milan, Arte & cultura, 2004, pp. 65-69

Bibliographie :
– Antoinette Le Normand-Romain, Les Bronzes de Rodin. Catalogue des œuvres au Musée Rodin, 2 volumes, Paris, Musée Rodin, RMN, 2007, vol.1, modèle répertorié sous le n° S486, p.355-366, notre exemplaire cité p. 355.

Œuvres en rapport:
-Auguste Rodin, La Fatigue, avant 1888, plâtre, H. 17 x L. 51,5 x P. 22,5 cm, Paris, musée Rodin, inv. S.03059 ;
-Auguste Rodin, La Fatigue, 1887, plâtre, H. 17 x L. 51,5 x P. 21,3 cm, Paris, musée Rodin, inv. S.02888 ;
-Auguste Rodin, La Fatigue, 1887, plâtre, dédicacé « A mon ami Dayot. Rodin. », H. 17 x L. 48,4 x P. 21 cm, Paris, musée Rodin, inv. S.02223 ;
-Auguste Rodin, La Fatigue, modèle de fonderie en plâtre couvert d’agent démoulant (fonderie Godard), H. 17 x L. 51,5 x P. 21,3 cm, Paris, musée Rodin, inv. S.02961 ;
-Auguste Rodin, La mort d’Enguerrande et de Gaëtan, 1884, plume et encre sur papier vélin, signé « A. Rodin » en bas à gauche, H. 14,9 x L. 26,6 cm, Paris, musée Rodin, inv. D.09449 ;
-D’après Auguste Rodin, Enguerrande pour les Fleurs du mal, gravure, H. 28,2 x L. 15 cm, Paris, musée Rodin, inv. G.09479.
 
Autres bronzes conservés dans des collections publiques :
-Auguste Rodin, Nu féminin couché sur le côté droit, dit la Fatigue, fonte en 1931, bronze, signé « A. Rodin », inscrit « Alexis. RUDIER / Fondeur. PARIS », porte la marque « A. Rodin » à l’intérieur, Paris, musée Rodin, inv. S.00486 ;
-Auguste Rodin, La Fatigue, modèle avant 1884, fonte par Georges Rudier en 1974, bronze, signé « A. Rodin », inscrit « Georges. Rudier / Fondeur Paris », inscrit « (c) by Musée Rodin 1974 », numéroté « 5/12 », H. 15,88 x L. 20,96 x P. 52,07 cm, Stanford, Cantor Arts Center, inv. 1992.152 ;
-Auguste Rodin, La Fatigue, bronze, signé « Rodin », inscrit « Alexis Rudier Fondeur Paris », dim. 16 x 51 x 19 cm, Le Caire, musée Mahmoud Khalil, inv. 40S.
 
Très proche de la figure de La Misère avec laquelle elle est parfois confondue, La Fatigue représente un nu féminin couché sur le flanc droit, la tête reposant sur le bras droit replié, tandis que le bras gauche prend appui sur un tertre. L’attitude d’abandon du corps alangui traduit un épuisement intérieur empreint d’une mélancolie gracieuse.
Si l’on ne connait pas exactement la date de création de cette figure, Rodin en reprend la silhouette de dos en 1884 pour illustrer la fin tragique d’Enguerrande et de Gaëtan, héros du poème dramatique Enguerrande d’Émile Bergerat. Entre octobre 1887 et janvier 1888, Paul Gallimard commande l’illustration d’un exemplaire des Fleurs du Mal de Charles Baudelaire au sculpteur, qui reprend dans les marges plusieurs de ses sculptures et dessins issus de ses recherches sur Dante pour La Porte de l’Enfer. On y retrouve La Fatigue ornant le poème La Martyre.
Cette association évoque la source d’inspiration de Rodin : la célèbre sainte Cécile sculptée par Stefano Moderno pour l’église Santa Cecilia in Trastevere, à Rome, que le sculpteur a très probablement admiré lors de son voyage en Italie pendant l’hiver 1875-1876. C’est d’ailleurs sous le titre « Martyre chrétienne » que, peu après sa présentation à la galerie Georges Petit en 1889, le marchand en commande une version en marbre.
Attaché à la pratique d’assemblage, Rodin réunit La Fatigue et l’un des fils d’Ugolin lors d’une exposition à la galerie Georges Petit en 1886. En 1899, elle intègre de manière verticale le groupe La Terre et la Lune. En 1905, elle se transforme en Adam endormi aux côtés d’Eve dans le groupe Adam et Eve.
De ce modèle, deux bronzes ont probablement été exécutés par Griffoul et Lorge en 1889 et 1898. Trois bronzes, dont notre bel exemplaire issu de la collection de Maurice Fenaille, ont été fondus par Alexis Rudier en 1931. Le reste de l’édition a été exécuté entre 1950 et 1985 par les fondeurs Georges Rudier et Emile Godard.
Riche industriel, grand amateur d’art français et mécène généreux, Maurice Fenaille (1855-1937) noue avec Rodin une longue et profonde amitié. Leur histoire couvre trois décennies.
À la mort de Rodin en 1917, il reporte l’intérêt qu’il avait porté à l’artiste sur la diffusion de son œuvre en intégrant, dès sa création, le conseil d’administration du musée Rodin dont il fut vice-président jusqu’à son décès en 1937. Soucieux du rayonnement du maître et de l’enrichissement constant du musée il participa notamment, avec David Weill, à l’acquisition du fameux exemplaire des Fleurs du mal illustré par Rodin pour Gallimard en 1931, date de la réalisation du bronze que nous présentons.
25 mars 2026 Ader Hôtel Drouot, salle 1
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