Empire ottoman, probablement Palestine, fin du XVIIème siècle ou début du XVIIIème siècle

Maquette du complexe du Saint-Sépulcre

Maquette en bois avec incrustations de nacre, d'os et d'ivoire, composée d'éléments mobiles et amovibles
Éléments mobiles extérieurs : quatre portes autour de l'abside, une porte sur la façade septentrionale ; Éléments mobiles intérieurs : portes à double battant ; Éléments amovibles : campanile, coupole de la rotonde et son lanternon, coupole de la basilique (en deux parties), toit Oriens, toit Meridies, toit Septentrio, tirette et toit de la chapelle du Calvaire, toit du déambulatoire, tirette de la chapelle de la prison du Christ, toit de la chapelle de l'Apparition à la Vierge et deux tirettes verticales
Porte certains numéros des étapes de la Passion du Christ ; Porte les inscriptions « SEPTENTRIO », «  MERIDIES », « OCCIDENS » et « ORIENS » autour de la coupole de la basilique 

H. 26,5 x L. 36 x P. 43 cm ; poids total : 2618 gr.

Provenance : Hôtel des Ventes de Bourg-en-Bresse, le 3 juin 1990; puis collection particulière

Estimation : 40.000 / 60.000 €

Prix au marteau :

N° de lot : 244

Littérature en rapport :- Angela DONATI, Dalla terra alle genti : la diffusione del cristianesimo nei primi secoli, cat. exp., Rimini, palais de l'Arengo et Palais du Podestat, 31 mars-01 septembre 1996, Milan, Electa, 1996, p. 331 ;
- Bernard DEGOUT (dir.), Trésor du Saint-Sépulcre : présents des cours royales européennes à Jérusalem, cat. exp., Château de Versailles et Maison de Chateaubriand, Chatenay-Malabry, 16 avril - 14 juillet 2013, Chatenay-Malabry, Milan, Maison de Chateaubriand, Silvana ed., 2013, pp. 347-349 ;
- Émilie GIRARD, Felicita Tramontana, « La fabrication des objets de dévotion en Palestine, de l’époque moderne au début du XIXe siècle », dans Archives de sciences sociales des religions, 183, 2018, pp. 247-260 ;
- Jonathan WILLIAMS, Philip KEVIN, Caroline CARTWRIGHT, Jacob NORRIS, « Sacred souvenir: the Holy Sepulchre models in the British Museum », dans British Museum Technical Research Bulletin, vol. 8, Londres, Archetype Publications, 2014, pp. 29-38 ;
- Ladan AKBARNIA, Venetia Porter, Fahmida Suleman, The Islamic world : a history in objects, Londres, Thames & Hudson, The British
Museum, 2018, pp. 64-65 ;
- Lenz Kriss-Rettenbeck, Gerda Möhler, Wallfahrt Kennt Keine Grenzen: Themen Zu iner Ausstellung Des Bayerischen Nationalmuseums Und Des Adalbert Stifter Vereins, München, cat. exp., Munich, Bayerische Nationalmuseum, 28 juin-7 octobre 1984, Munich, Zurich, Schnell & Steiner, 1984, pp. 64-69 ;
- Maximien DURAND, L’oeuvre en scène : La maquette du complexe du Saint-Sépulcre de Jérusalem, conférence, Paris, Musée du Louvre, Auditorium Michel-Laclotte, 2024 ;
- Michele PICCIRILLO, La nuova Gerusalemme. Artigianato palestinese al servizio dei luoghi santi-, Jérusalem, Edizioni Custodia di
Terra Santa, 2007 ;
- Renate EIKELMANN (dir.), Bayerisches Nationalmuseum : Handbuch der kunst- und kul-turgeschichtlichen Sammlungen, Munich, Hirmer Verlag, 2000, p. 319 ;
- Suraiya FAROQHI, Artisans of Empire: Crafts and Craftspeople under the Ottomans, Londres, I. B. Tauris, 2009.
Oeuvres en rapport :
– Bethléem, Maquette du complexe du Saint-Sépulcre, 2ème moitié du XVIIème siècle, bois, nacre et ivoire, H. 22,5 x L. 41 x P. 36 cm, Lens, musée du Louvre-Lens, inv. RFML.ABCO.2022.28.1.0 ;
– Jérusalem, Maquette de l’église du Saint Sépulcre, XVIIème siècle, bois, nacre et ivoire, H. 26,4 x L. 44,4 x P. 38 cm, Marseille, MuCEM, inv. 2010.7.1 ;
– Bethléem, Palestine, Maquette de l’église du Saint-Sépulcre à Jérusalem, XVIIème siècle – XVIIIème siècle, bois, nacre et ivoire, H. 49 x L. 56 x P. 35 cm, Londres, Musée de l’Ordre de Saint-Jean, inv. 3035 ;
– Bethléem ?, Jordanie ?, Liban ?, Maquette de l’église du Saint-Sépulcre à Jérusalem, avant 1753, bois et nacre, H. 23 x L. 42 x P. 36,5 cm, Londres, British Museum, inv. OA.10338 ;
– Jérusalem ou Bethléem, Maquette de l’église du Saint-Sépulcre à Jérusalem, entre 1600 et 1800, bois, os et nacre, H. 24 x L. 37,2 x P. 46,3 cm, Munich, Bayerisches Nationalmuseum, inv. L Modell 9 ;
– L’Ordre des Franciscains à Jérusalem, Maquette de l’église du Saint-Sépulcre à Jérusalem, 1684, bois, ivoire et nacre, H. 25 x L. 42,2 x P. 37 cm, Turnhout, Musée du Béguinage, inv. B0064.1-4 ;
– Jérusalem ou Jaffa, Miniature de l’église du Saint-Sépulcre de Jérusalem, seconde moitié du XVIIème siècle, H. 20 x L. 30 x P. 39 cm, Lisbonne, Paço Ducal e Castelo de Vila Viçosa, inv. PDVV-1485 ;
– Jérusalem, Maquette de l’église du Saint-Sépulcre à Jérusalem, vers 1650, bois, nacre et ivoire, H. 21 x L. 34 cm, Istra, monastère de la Nouvelle Jérusalem, inv. KP4265U13 ;
Maquette de la basilique du Saint-Sépulcre, milieu du XVIIlème siècle, nacre, H. 76 x L. 62 x P. 42 cm, Vienne, Geistliche Schatzkammer, inv. Kap. 332 ;
Maquette de la basilique du Saint-Sépulcre, vers 1706-1750, bois, nacre et os, L. 42 x P. 36 cm, La Vallette, Soeurs hiérosolymitaines de Sainte-Ursule, inv. s. n.
 
Composée de bois, nacre, os et ivoire, cette maquette du complexe du Saint-Sépulcre représente un rare témoignage de la production artisanale diffusée en Palestine entre la fin du XVIIème siècle et le début du XVIIIème siècle. Assemblage minutieux de plusieurs pièces de bois, la structure de notre maquette est incrustée d’éléments en nacre dont les reflets irisés sont rehaussés par la patte noire qui en assure la fixation. L’ensemble de la basilique est orné d’un semi de croisettes rythmé par un riche répertoire de motifs géométriques comprenant des rosaces, des médaillons en forme d’étoile, des motifs rayonnants et des frises de losanges alternant avec des languettes. Afin d’en souligner les détails, certains éléments de l’édifice sont réalisés en bois sombre, en os ou en ivoire. Grâce à un ingénieux système d’éléments mobiles et amovibles, l’intérieur de l’édifice révèle un décor tout aussi raffiné d’incrustations de nacre et de détails sculptés en bois sombre, ivoire et os.
Construit par l’empereur Constantin (272- 337) au IVème siècle pour sanctuariser les lieux de la Passion, de la Crucifixion et de la Résurrection du Christ, cet écrin architectural connait de nombreuses transformations. Notre maquette représente la basilique telle qu’elle a été construite par les Croisés du Royaume franc de Jérusalem au XIIème siècle et dans la première moitié du XIIIème siècle, à l’issue de la conquête de Jérusalem en 1099. Elle ne la figure pas non plus dans son état actuel, puisque qu’un incendie en 1808 ainsi qu’un tremblement de terre en 1927 ont également donné lieu à d’importantes modifications.
 
Le côté sud du complexe du Saint-Sépulcre s’organise autour d’un parvis orné d’incrustations de nacre représentant la croix de Jérusalem. Il mène aux deux portes d’entrée de la basilique, dont celle de droite demeure murée depuis la conquête de Jérusalem par Saladin au XIIème siècle. À gauche du parvis, se trouve un clocher dont la base est ornée du trigramme « IHS ». A droite du parvis, se trouve la chapelle des Francs qui s’élève sur deux niveaux. La chapelle haute, dédiée à Notre-Dame des Sept Douleurs, est accessible par un escalier. Donnant sur le rocher du Golgotha situé à l’intérieur de la basilique, elle offre aux pèlerins la possibilité de le vénérer en cas de fermeture ou d’incapacité de s’acquitter des droits d’entrer. La chapelle basse est dédiée à sainte Marie l’Égyptienne.
Sous le toit amovible du bras sud du transept inscrit « MERIDIES », se trouve la pierre de l’onction. Il s’agit de l’emplacement où le corps du Christ a été embaumé.
Adjacente au bras méridional du transept, se déploie sur deux étages autour du rocher du Golgotha, la chapelle du Calvaire. Son toit et sa tirette amovibles dévoilent au sol la représentation gravée des outils ayant servi à la Crucifixion.
Sous la coupole amovible de la croisée du transept, se situe l’omphalos, une pierre matérialisant le centre du monde.
Dans la partie orientale de la basilique se situe le chœur des Grecs orthodoxes, appelé Catholicon. Le toit amovible inscrit « ORIENS » permet de voir l’iconostase qui sépare l’espace des fidèles de celui réservé au clergé officiant. Dans notre maquette, elle est matérialisée par une grande croix en ivoire ornée de croisettes. Le chœur est ceint par un déambulatoire pourvu de trois absidioles où ont eu lieu les épisodes du partage des vêtements de Jésus et celui de l’office des Impropères. A droite de ce déambulatoire, se trouve la prison du Christ, dont on peut observer l’intérieur grâce à une tirette amovible.
Le toit aussi amovible du bras nord du transept portant l’inscription « SEPTENTRIO » dévoile, sur le sol, un décor de nacre figurant le monogramme de la Vierge accompagné du croissant de lune de l’Immaculée. Accolée à ce bras du transept, se situe l’Arche de la Vierge : observable grâce à une porte mobile, il s’agit de la galerie traversée par Marie pour se rendre sur le tombeau du Christ. Dans sa continuité, attenante à la partie nord de la Rotonde de l’Anastasis, se trouve la chapelle du Noli me tangere, lieu de l’Apparition à Marie-Madeleine, dont l’intérieur est visible grâce à une tirette verticale amovible. Elle est adjacente à la chapelle de l’Apparition du Christ ressuscité à Marie, devenue la chapelle des latins catholiques. Son toit amovible permet de découvrir le mobilier liturgique dont elle est pourvue.
Dans la partie ouest du complexe, se situe la Rotonde de l’Anastasis qui signifie « Résurrection » en grec. Surmontée d’une coupole tronconique et d’un lanternon amovibles, elle abrite le tombeau du Christ. Habituellement matérialisé par un édicule manquant à notre maquette, on en devine toutefois la trace. Elle est ceinte par un déambulatoire présentant trois absidioles et quatre portes mobiles permettant d’en apprécier l’intérieur. Cette partie accueille la chapelle des Abyssins, celle des Syriaques ainsi que les tombeaux des deux dignitaires juifs ayant participé à l’inhumation du Christ, Nicodème et Joseph d’Arimathie.
 
Bien que dès la seconde moitié du XVème siècle, les récits de pèlerins mentionnent l’existence de maquettes des Lieux saints en bois ou en pierre, la réalisation de maquettes du Saint-Sépulcre à décor de nacre, d’os et d’ivoire n’est attestée qu’à partir de la seconde moitié du XVIIème siècle. De cette production qui se perpétue jusqu’à la fin du XVIIIème siècle, seule une cinquantaine de maquettes nous sont parvenues de nos jours. La plus ancienne dont on conserve la trace est rapportée par Arsènii Sukhanov en 1653 à Moscou. Envoyé par le patriarche Nikon (1605- 1681) en Terre Sainte, ce diplomate devait y étudier l’architecture du Saint-Sépulcre afin de construire sur le même modèle l’église de la Résurrection du monastère de la Nouvelle Jérusalem à Istra. D’autres exemplaires de maquettes datant de la seconde moitié du XVIIème siècle sont également renseignés comme celui offert à Catherine de Bragance (1638-1705), daté de 1661 sur le parvis, et un autre mentionné en 1673 à Versailles dans le Journal du Garde-Meuble royal. La réalisation de maquettes similaires à ces premiers exemplaires est encore attestée au début du XVIIIème siècle avant de connaitre des modifications formelles et esthétiques. À l’instar de notre maquette appartenant à cette période de production, elles se caractérisent par des dimensions analogues et par un décor d’incrustations constitué de motifs géométriques et d’éléments sculptés en nacre, en ivoire et en os. Elles se différencient ainsi de celles produites plus tardivement au cours du XVIIIème siècle qui se caractérisent par des dimensions plus importantes ainsi qu’un usage plus extensif de la nacre plus seulement incrustée mais aussi gravée de riches décors végétaux ou historiés.
 
L’essor de ce type de production s’explique par la présence des Franciscains en Terre Sainte. A partir du début du XVIIème siècle , cette communauté de frères mendiants développe et reconfigure la production locale d’objets de dévotion préexistante.
Cette transformation s’opère par la constitution d’ateliers ainsi que la structuration de l’apprentissage du travail de la nacre. Elle s’accompagne également d’un perfectionnement avec la diffusion du Trattatto delle Piante et Imagini de sacri edifizi di Terra Santa comme modèle de réalisation de ces maquettes. D’abord publié en 1609, puis en 1620, enrichi de planches réalisées par Jacques Callot, ce traité comprend les relevés architecturaux effectués par le frère Bernardino Amico lors de son voyage en Terre Sainte entre 1593 et 1597. Dans le développement de cette production, les franciscains œuvrent également en qualité de commanditaires. La première commande franciscaine de maquette en bois connue est celle du père Francescoda Seclì (1585-1672) en 1627. Quelques années plus tard, en 1638, le custode de Terre Sainte offre également deux maquettes au bailli de Venise.
La prégnance franciscaine sur cet artisanat est attestée par le décor des maquettes figurant leurs emblèmes. Comme le parvis de notre maquette, celui de nombreux autres exemplaires est orné d’un décor d’incrustations figurant la croix de Jérusalem. Hérité des croisades, ce symbole devient celui des Franciscains de Terre Sainte : les cinq croix renvoient au nombre de plaies faites au Christ, tandis que les quatre plus petites croix, faisant référence aux quatre points cardinaux, symbolisent l’universalité du Christianisme. Sur la base de notre campanile, comme sur celle des autres maquettes, figure le trigramme « IHS » pour « Iesus Hominum Salvator ». Érigé en élément de dévotion au XVème siècle par saint Bernardin de Sienne (1380-1444), ce symbole du nom de Jésus devient dès lors un de leurs emblèmes.
Toutefois, bien que ces maquettes soient liées à l’artisanat franciscain, il est difficile d’affirmer avec certitude qu’elles aient toutes été produites dans les ateliers de la Custodie de Terre Sainte situés à Jérusalem, Bethléem et Ein Kerem. Ainsi, la tendance des musées conservant les maquettes de ce type, tend vers un élargissement de la zone de production. Le terme plus général de Palestine est dans une grande majorité de cas préféré.
Destinées aux pèlerins, ces maquettes consacrent l’accomplissement spirituel que constitue le voyage à Jérusalem. Avec les diplômes de pèlerinage et les tatouages, elles participent à une véritable culture des souvenirs de Terre Sainte permettant aux fidèles de réactualiser leur périple à travers les lieux de la Passion du Christ. En témoigne la maquette que Jan Steen de Lieden rapporte de Palestine accompagnée d’un diplôme de pèlerin en date du 26 juillet 1684.
Mêlant virtuosité et préciosité dans le choix et le travail des matériaux, ces maquettes pouvaient également être offertes comme cadeaux diplomatiques, à l’instar de celle aux armes de Jean V le Magnanime (1689-1750), ou celle ornée des portraits de l’impératrice Marie-Thérèse d’Autriche (1717-1780) et de l’empereur François Ier (1708-1765) probablement offertes à ces souverains en remerciement des faveurs politiques et économiques accordées à la Custodie de Terre Sainte.
Achetées comme souvenirs ou offertes comme cadeaux diplomatiques, ces maquettes revêtent, à l’ère de la Contre-Réforme où la souffrance du Christ est au cœur de la réflexion des fidèles, une importante fonction dévotionnelle. La numérotation de chaque lieu de la Passion et de la Résurrection du Christ enjoint les destinataires à en revivre chacune des étapes, comme lors de leur déambulation dans la basilique à Jérusalem. La présence de ces numéros laisse supposer que ces maquettes étaient accompagnées d’une légende explicative, semblable à celle du Trattatto de Bernardino Amico, bien qu’aucune ne nous soit parvenue. Si ces objets sont propices à la méditation, c’est également en raison des matériaux dont ils sont constitués : le bois est associé à celui de la Croix et l’ivoire et la nacre sont propices à l’évocation des idées spirituelles et à l’élévation de l’âme.
21 juin 2026 Osenat Fontainebleau
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