Ecole dieppoise du XVIIIème siècle

La Déploration du Christ d’après un modèle de Guglielmo della Porta (1515-1577)

Bénitier sculpté en bas-relief ajouré en ivoire ; godet en métal doré
(Petit manque probable au-dessous du godet)

H. totale : 23,5 cm ; H. godet : 4,5 cm

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Estimation : Vente à venir

Prix au marteau :

Littérature en rapport :-Tardy, Les Ivoires, Paris, 1979 ;
-Pierre Ickowitz, La Vie du Christ, Les cahiers de l’ivoire du château de Dieppe, n°4, 2008, Bayeux, p.102 ;
-Philippe Malgouyres, Ivoires de la Renaissance et des Temps modernes. La collection du musée du Louvre, éd. Gourcuff Gradenigo / Louvre éditions, Paris, 2010 ;
-Marjorie Trusted, Baroque and later ivories, V & A Publishing, 2013, pp.260-261.

Œuvres en rapport:

– Atelier de Jean-Antoine Belleteste, Autel de dévotion représentant La descente de croix et la mise au tombeau, vers 1760 – 90, ivoire et feuille de métal sur une base en bois, H. totale : 48,8 cm et H. de la plaque en ivoire 41 cm, Londres, Victoria & Albert Museum, n°inv. A.31-1941 ;

– Dieppe, 1777 (?), Tableau d’autel, Passion, Descente de Croix, d’après Charles le Brun vers 1680, ivoire sculpté en bas-relief sur fond ajouré, socle en ébène, H. 38,5 cm, Musée-Château de Dieppe, n°inv. 985.1.1.

– Dieppe, début du XVIIIème siècle d’après Pierre Dulin, Bénitier orné d’une scène d’Annonciation, ivoire en bas-relief ajouré, H. 21 cm, Musée-Château de Dieppe inv. 907.9.1 ;

 

Ce petit bénitier en ivoire représentant une scène de la déploration du Christ a été exécuté à Dieppe au XVIIIème siècle, comme en témoignent sa forme, sa composition et son style. Sa très haute qualité d’exécution l’inscrit indéniablement parmi les plus belles œuvres connues de cette célèbre production ivoirière.

Cet article de sainteté a été finement réalisé dans une plaque convexe, taillée verticalement dans la base de la défense d’éléphant. Le dosseret a été découpé à jour, selon l’appellation locale dit « mosaïqué », afin de rappeler la finesse d’une dentelle. Le fond est encadré par un arc surmonté de nuages s’alternant avec les extrémités des rayons lumineux surgissant d’une nuée centrale ornée de cinq têtes de putti. L’arc est supporté par de délicates colonnes à chapiteau corinthien, enlacées par du lierre, sur le sommet desquelles reposent deux chérubins affligés. La scène centrale présente la Vierge Marie tenant sur ses genoux son Fils à peine descendu de la Croix de la Passion. Le groupe est assis sur un rocher sous lequel sont présents le crâne d’Adam, symbole du Golgotha et un serpent à la tête dirigée vers les arma christi. Trois roses -symbole marial- ornant deux rubans foliacés clôturent l’encadrement dans sa partie inférieure. Le godet est tout aussi finement orné : la cuvette lisse à l’intérieur est bordée d’une lèvre godronnée. La partie supérieure du godet est également « mosaïquée » tandis que l’avant présente l’agneau christique étendu sur la croix, et le dessous de larges feuillages nervurés.

Le sujet dérive du modèle du célèbre artiste italien Guglielmo della Porta (1515-1577) conçu vers 1570. L’artiste adapta ses dessins du même sujet, s’inspirant de la Pieta Bandini de Michel-Ange. Ce modèle a connu ensuite un succès retentissant et est considéré comme « probablement l’image sacrée la plus célèbre en Europe autour de 1600 ». Non seulement il a influencé Le Greco, mais surtout s’est répandu dans l’édition de Baisers de Paix, plaques, puis, via la gravure, dans tout autre type de matériau[1].Son exploitation et adaptation à Dieppe encore au XVIIIème siècle, parmi des modèles français plus classiques (Le Brun, Audran, Mignard, Lemoyne etc…), témoigne de son rôle iconique dans l’histoire de l’art. Le modèle a certainement servi de plusieurs fois, peut-être en série limitée, comme l’atteste une autre œuvre, un autel de dévotion également dieppois du XVIIIème siècle présentant ce sujet central (cf. Vente Marc Arthur Kohn du 31 mars 2015, lot 72).

L’œuvre est d’une rare qualité, qui nous invite à nous interroger sur son auteur. Or les acteurs de l’art dieppois du XVIIIème siècle sont encore à découvrir, les publications à leur sujet étant, hélas, encore limités. Comme l’explique Pierre Ickowicz dans les Cahiers de l’Ivoire n°4, les œuvres signées sont rares au XVIIIème siècle et les sources iconographiques de cette période quasi inexistantes. Nous pouvons cependant rapprocher stylistiquement le décor, ainsi que la qualité de l’ouvrage, à des œuvres conservées au Musée-Château de Dieppe[2]et au Victoria et Albert Museum[3].Cette dernière est attribuée à l’atelier le plus connu (en l’état des connaissances) et réputé de la ville : l’atelier de Jean-Antoine Belleteste (1731-1811).

 

 

[1] Domenico Theotokopoulos, dit “Le Greco”, Pieta, ca. 1577-80, New-York, Hispanic Society of America; Jacob Cornelis Cobaert, d’après un modèle de Guglielmo della Porta, Pieta, plaquette en bronze, ca 1569, Metropolitan Museum of Art; Inv. 38.152.7, voir: –  Michael Riddick, El Greco’s Roman Period and the influence of Guglielmo della Porta, RenBronze.com; https://renbronze.files.wordpress.com/2017/09/el-greco-and-the-influence-of-guglielmo-della-porta.pdf; Ulrich Middeldorf (1944): Medals and Plaquettes from the Sigmund Morgenroth Collection. Donnelley & Sons Co., Chicago, IL. No. 186, p. 28; Jeremy Warren (2014): Medieval and Renaissance Sculpture in the Ashmolean Museum, Vol. 3: Plaquettes. Ashmolean Museum Publications, UK. No. 268, pp. 803-06.

[2] Dieppe, 1777 (?), Tableau d’autel, Passion, Descente de Croix, d’après Charles le Brun vers 1680, ivoire sculpté en bas-relief sur fond ajouré, socle en ébène, H. 38,5 cm, Musée-Château de Dieppe, n°inv. 985.1.1

[3] Atelier de Jean-Antoine Belleteste, Autel de dévotion représentant La descente de croix et la mise au tombeau, vers 1760 – 90, ivoire et feuille de métal sur une base en bois, H. totale : 48,8 cm et H. de la plaque en ivoire 41 cm, Londres, Victoria & Albert Museum, n°inv. A.31-1941

26 mars 2021 Pescheteau-Badin Hôtel Drouot, salles 14 et 15
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