Charles Henri Joseph Cordier (1827-1905)

Arabe d’el Aghouat

Vers 1856
Chef-modèle en bronze à patine brune

H. 48 cm, dont piédouche en bois noirci H. 14 cm

Famille de l’artiste par descendance

Estimation : 20.000 / 30.000 €

Prix au marteau :

Littérature en rapport :

Les deux têtes en bronze que nous présentons s’inscrivent dans un corpus d’œuvres de Charles Cordier qui, outre sa production plus académique répondant aux commandes officielles et privées, s’intéresse tout au long de sa vie à l’étude de la diversité humaine. Tout en gardant l’idée scientifique de l’étude ethnographique, Charles Cordier s’attache à montrer au public, au lendemain de l’abolition de l’esclavage, « l’ubiquité du beau ». Au fils de ses voyages, Cordier, en humaniste, bouscule avec audace les idées reçues de cette fin de siècle conformiste pour donner à voir la belle singularité des peuples à travers le monde.
En s’appuyant sur ces études de « morphotype » qu’il rapporte de ces voyages, Charles Cordier va créer un ensemble de sculptures associant marbre polychrome, onyx, émaux, bronze ou argent d’une grande nouveauté et d’un grand luxe.
Nos deux têtes en bronze d’arabes d’Algérie et d’Égypte sont des découvertes. Conservées dans une des branches de la famille de l’artiste, on en soupçonnait l’existence sans en avoir retrouvé la trace. Il s’agit de chefs-modèles, c’est-à-dire de premier tirage exécuté par l’artiste pour servir de référence aux différents exemplaires fondus par la suite. Ce statut leurs donne une importance toute particulière : ces modèles ont pour vocation d’être parfait en tout point. La qualité irréprochable de la fonte, de la patine et des ciselures à froid doit servir d’exemple et d’étalon pour la suite de la production. Enfin, alors que Cordier habille ces modèles d’ornements, de coiffes, d’onyx ou de marbre, nous avons ici l’occasion de voir « à nu » l’œuvre du maître.

Œuvres en rapport :
-Charles Cordier, Arabe d’el Aghouat, 1856, buste en bronze, H. 56 cm, Paris, musée de l’Homme, inv. 27045-1977-201 ;
-Charles Cordier, Arabe d’el Aghouat, 1856, buste en bronze et marbre-onyx, H. 72,2 cm, Paris, musée d’Orsay, inv. RF 3598.

Cordier exécute ce portrait lors de son second séjour en Algérie, entre avril et octobre 1856. Il en présente une version en bronze au Salon de 1857 (n°2812) et une version en bronze et marbre-onyx à l’exposition de la Galerie ethnographique en1860 (n°1). Dans le catalogue raisonné publié lors de l’Exposition de 2004 Charles Cordier, l’autre et l’ailleurs au musée d’Orsay, Jeannine Durand-Révillon et Laure de Margerie dénombrent onze exemplaires de l’Arabe d’el Aghouat. Tous différents, habillés de marbre ou de marbre et de porphyre, ils sont appariés avec le Nègre du Soudan ou réunis pour former les Trois Grandes Races avec ce dernier et le Chinois. Sous le n° 28 de ce même catalogue les auteures reproduisent une photo ancienne de l’atelier de Cordier où est visible une tête en bronze qui pourrait être notre chef-modèle. La qualité de la fonte de notre tête est irréprochable, d’une grande légèreté, le bronze est soigneusement ciselé sans être trop méticuleux avec l’idée d’être au plus proche de l’empreinte originale et de garder une forme de naturalisme appuyant le propos ethnographique de l’artiste.

17 décembre 2021 Ader Nordmann Hôtel Drouot, salle 1
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