Le Petit ours de Lalanne, hiératique et sensible

Gazette Drouot n°32
Vendredi 18 septembre 2026

Campé sur ses pattes arrière, l’ursidé de bronze à l’affût appartient à un petit tirage de huit exemplaires, dont il porte le numéro 1, fondus par Bocquel en 1986. PAR CHRISTOPHE PROVOT

Tout le monde connaît l’ours de François Pompon, mais sans C’est vers 1984-1985 que naît le Petit ours, haut de 50 cm, qui précède de plus de vingt ans le Très grand ours et ses trois mètres. Cette période est intense pour l’artiste, qui expose avec son épouse Claude à la galerie Daniel Templon et chez Artcurial, ainsi qu’aux États- Unis. « Lalanne s’éloigne à ce moment-là des arts décoratifs et des ensembles meubliers qui faisaient sa réputation, à l’image du Rhinocrétaire, précise l’expert Alexandre Lacroix. Il décide de s’orienter vers les animaux, et de les représenter dans toute leur véracité ». Outre l’ursidé, il enrichit son bestiaire poétique et fantastique de plusieurs membres tels le Wapiti, le Roitelet ou encore Bibi et Loulou, les deux chiens du couple. Dans le cas du Petit ours, « ce qui l’intéresse, c’est l’immobilité de l’animal, animé par une tension que l’on ressent très bien ». Le petit mammifère se campe sur ses membres inférieurs, les oreilles dressées et la tête légèrement tournée, aux aguets. « C’est vraiment un très beau bronze, ajoute Alexandre Lacroix. Les ciselures profondes qui le parcourent, bien rendues par la cire perdue, mettent en évidence les volumes de l’animal ». Celui-ci a été coulé le 22 octobre 1986 par la fonderie Boquel, avec laquelle l’artiste a collaboré jusqu’à sa disparition en 2008. « Il a été acquis par les parents des propriétaires directement auprès de Lalanne, sans doute vers 1986 ou 1987. En plus d’être inédit, il porte le numéro 1 sur les huit réalisés, ce qui le rend encore plus désirable pour les collectionneurs ».

« Quelque chose de Jules Verne »

Souvent craint et mal-aimé, l’ours a pourtant fourni l’un des motifs animaliers les plus anciens de l’histoire de l’art. Il apparaît dans les diverses civilisations comme une créature fascinante, symbolisant pour les uns la puissance, pour les autres la sagesse et la protection. Jean de La Fontaine, dans ses Fables, en fait l’incarnation d’une force généreuse, quoique parfois dépourvue de discernement. Une lecture qui ne pouvait que plaire à François-Xavier, dont les animaux deviennent des personnages à part entière. Il se dégage ainsi de cet ours une présence à la fois monumentale, hiératique – à l’instar des sculptures égyptiennes que l’artiste a pu observer quand il était gardien au Louvre (1946-1948) pour financer ses études à l’académie Julian –, et sensible… Une approche qui le place dans la continuité de l’œuvre de François Pompon , tout en la modernisant. « Il y a quelque chose de Jules Verne dans cette sculpture, ajoute l’expert. Les traits de l’animal sont synthétiques, presque robotiques, et en même temps réalistes. C’est ce qui en fait toute l’originalité ». Autant de qualités qui devraient valoir à ce Petit ours d’être facilement adopté.

François-Xavier Lalanne (1927-2008), Petit ours, bronze à patine brune, modèle créé en 1984-1985, le nôtre fondu le 22 octobre 1986, signé du monogramme « FXL » et estampillé « Lalanne », portant le cachet du fondeur « Bocquel/Fondeur », numéroté 1/8, 50 x 24,5 x 20 cm. Estimation : 200 000/300 000 €

SAMEDI 24 OCTOBRE, LA ROCHELLE. ARTEMIS ENCHÈRES. CABINET LACROIX – JEANNEST.

12 octobre 2026