De la poésie transposée dans le marbre
Gazette Drouot n°26
Vendredi 3 juillet 2026
Alfred Boucher demeure l’un des grands noms de la sculpture française de la fin du XIXe siècle. Il doit notamment son succès à ses figures féminines allégoriques à la sensualité séduisante. Volubilis est l’une des œuvres majeures d’Alfred Boucher. Elle s’inspire d’un poème de 1869 de Sully Prud’homme dans lequel le poète imagine que, après sa mort, un volubilis planté sur sa tombe le reliera à sa bien-aimée. Elle s’inspire aussi d’une œuvre du sculpteur réalisée en 1894 pour orner la tombe du fondeur Ferdinand Barbedienne (1810-1892) au cimetière du Père-Lachaise. Il la présente au Salon de 1896 et, devant le succès qu’elle rencontre, décline en plusieurs matériaux, dimensions et formes cette figure féminine assise sur un rocher par- semé de fleurs. Une version en pied et en marbre, haute de 120 cm, a été acquise 2023 par le musée Camille Claudel (qui fut l’élève de Boucher) de Nogent-sur-Seine. Notre relief en marbre blanc conserve la position du buste de trois quarts et du visage de profil du modèle d’origine. Alfred Boucher propose, comme souvent dans ses nus féminins, une vision entre idéalisation et naturalisme, entre d’un côté la surface polie de la matière et le visage parfait, et de l’autre le réalisme de la représentation du corps. Il donne des noms poétiques à ses œuvres comme Le Souvenir, Le Printemps ou Le Rêve. Chacune se concentre sur un détail de la composition : dans ce Volubilis à mi-corps, c’est l’émergence du buste du bloc de marbre brut. Un procédé que Boucher utilisa à plusieurs reprises et qui prend sa source dans le non finito cher à Michel-Ange à la Renaissance et adopté au XIXe par Auguste Rodin.
SAMEDI 11 JUILLET, ÉVREUX. HÔTEL DES VENTES D’ÉVREUX OVV. CABINET LACROIX-JEANNEST.
Alfred Boucher (1850-1934), Volubilis, relief en marbre blanc, signé sur la tranche droite du bloc « A. Boucher », h. 68 cm. Estimation : 8 000/12 000 €
