Giovanni Battista Bellandi (? - 1626)

Cupidon endormi

Marbre blanc
Inscription au revers de l'oeuvre: « IÒ[VANNO]. BATISTE. DE. BELÀ[N] CIVIS MEDIOLANE FECIT » (Giovianni Battista Bellandi de la ville de Milan a réalisé [cette oeuvre]).
usures, accidents et manques

55 x 40 cm

-Collection de Detlev von Hadeln. Par descendance

Estimation : 50.000 - 80.000 €

Prix au marteau :

Littérature en rapport :-S. Zanuso, notice de L’Allégorie de la Charité attribué à Giovanni Bellandi, Galerie Charles Ratton et Guy Ladrière, De Pierre de Franqueville à Joseph-Charles Marin, catalogue de l’exposition tenue du 6 Septembre au 1er octobre 2016, 2016, pp.16 -21;
- S. Pierguidi, « Orazio Samacchini e il Cupido dormiente antico di Isabelle d’Este », in Atti e Memorie, nuova Serie, vol. LXXXIX (2011) et LXXX (2012), Accademia nazionale virgiliana di Scienze lettere e Arti, Mantova, 2014, pp. 77 -90 ;
- S. Zanuso, « La scultura del Seicento negli altari del transetto », in AA.VV., La Certosa di Pavia, Parme, 2006, p. 188 ;
- F. Rausa, « Li disegni delle statue et busti sono rotolate drento le stampe » : l’arredo di sculpture antiche delle residenze dei Gonzaga nei disegni seicenteschi della Royal Library a Windsor Castle », a Cura di Raffaella Morselli : la Celeste Galeria. L’Esercizio del collezionismo, Genève, Skira, 2002, p.76
-Clifford M. Brown, Per dare qualche splendore a la gloriosa cità di Mantua. Documents for the Antiquarian Collection of Isabella d’Este, Bulzoni Editore, 2002, pp.353 – 356 ;
-Charles Dempsey, Inventing the Renaissance Putto, The University of North Carolina Press, 2001
-R. Morselli , Le Collezioni Gonzaga : l’elenco dei beni del 1626-1627, Cinisello Balsamo (MI), Silvana 2000
-U. Thieme et F. Becker, « Bellandi », Allgemeines Lexikon der bildenden Künstler von der Antike bis zur Gegenwart, vol3/4, Bassano bis Brevoort, 1999, p.231 ;
-L. Ventura, Il collezionismo di un principe, la raccolta di marmi di vespasiano Gonzagua Colonna, Franco Cosimo Panini , 1997, pp.50 – 51 ;
-Michael Hirst et Jill Dunkerton, Making and Meaning. The young Michelangelo, the artist in Rome 1496-1501, catalogue de l’exposition tenue à la National Gallery de Londres, du 19 octobre 1994 au 15 janvier 1995, National Gallery Publications, 1994, pp.13-28.
- S. Ferino Pagden, Isabella d'Este, "la prima donna del mondo" : Fürstin und Mäzenatin der Renaissance, Catalogue de l’exposition tenue Kunsthistorischen Museums à Vienne, Wien, 1994 ; p.310 ;
- Clifford M. Brown, « The Erstwhile Michelangelo Sleeping Cupid in the Turin Musei di Antichita and drawings , After antiquities in the collection of Tommaso della Porta », in Journal of the History of Collections, 5.N°1, 1993, pp.59-63 ;
- R.Rubinstein, « Michelangelo's Lost Sleeping Cupid and Fetti's Vertumnus and Pomona » , in Journal of the Warburg and Courtauld Institutes, n° 49, 1986, 257-259 ;
-A. Parronchi, Il Cupido dormiente di Michelangelo, Conti, Florence, 1971 ;
-A.H Scott Elliott, « The statues from Mantua in the Collection of King Charles I », in Burlington Magazine, CI, 1959 ;
- G. De Tervarent, Attributs et symboles dans l'art profane : Dictionnaire d'un langage perdu, Genève, Droz, 1958 ;
- P. F. Norton, « The lost sleeping Cupid of Michelangelo », in The Art Bulletin, vol 39, N°4, décembre 1951, pp.251-257 ;
- C. De Tolnay, The Youth of Michelangelo, Princeton University Press, 1943 ;
- M.-N. Bouillet, Dictionnaire classique de l’Antiquité sacrée et profane, tome 2, M-Z, Paris, 1841 ;

Taillé dans un bloc de marbre blanc de forme irrégulière, l’Amour endormi est présenté allongé sur un tertre recouvert d’une peau de lion. De part et d’autre du corps de l’enfant abandonné au sommeil, gisent les attributs traditionnels de l’amour, le carquois et l’arc, ainsi que ceux symbolisant le sommeil et la mort : une torche enflammée inversée[1] (aujourd’hui manquante), une fleur de pavot[2] et un lézard[3]. Le sujet correspond à un thème hellénistique qui connait un large succès à l’époque antique[4] puis à la Renaissance. De cet archétype développé notamment par l’artiste grec Praxitèle sont issues plusieurs copies avec variantes que l’on retrouve dans de prestigieuses collections princières à partir du XVIème siècle.

L’œuvre est signée au dos dans un cartouche soigneusement taillé : « IÒ[VANNO]. BATISTE. DE. BELÀ[N] CIVIS MEDIOLANE FECIT » (Giovianni Battista Bellandi de la ville de Milan a réalisé [cette œuvre])[5]. Giovanni-Battista Bellandi est un artiste encore peu connu dont la carrière, tant de peintre que de sculpteur, est en cours d’études[6]. L’écrivain et poète Girolamo Borsieri (1588-1629) le désigne de son vivant, en 1619, comme l’un des plus importants sculpteurs et peintres milanais[7]. On sait avec certitude qu’il participe au chantier du Duomo de Milan à partir de 1608 et qu’il travaille à Parme et Plaisance entre 1610 et 1625. Alors que jusqu’à ce jour quatre marbres seulement lui sont formellement attribuées (trois au Duomo de Milan et un à la chartreuse de Pavie), la redécouverte de notre sculpture vient s’ajouter au corpus de son Œuvre[8].

A travers ce Cupidon endormi, Bellandi propose une interprétation fidèle de l’art antique tout en laissant percevoir des aspirations baroques. A ce titre, nous pouvons le rapprocher, du putto qui accompagne la Vierge de l’Assomption exécutée en 1616 pour la Chartreuse de Pavie, l’une des rares œuvres connues de Bellandi, qui reprend dans un style baroque plus assumé la même composition et les mêmes caractéristiques stylistiques[9].

Notre marbre est par ailleurs très proche d’un autre Cupidon endormi conservé actuellement dans une collection privée à Corsham Court dans le Wiltshire  [10]. Cette œuvre acquise en 1735 par sir Paul Methuen serait une copie réalisée d’après un antique en marbre noir offert en 1488 par le roi de Naples Ferdinand 1er à Laurent de Médicis (conservé au musée des Offices à Florence). Bien que non signée, elle a longtemps été considérée comme la célèbre œuvre autographe de Michel-Ange provenant de l’ancienne collection d’Isabelle d’Este[11].

La collection d’Isabelle d’Este (1474-1539), mécène et figure des arts de la Renaissance, épouse du marquis de Mantoue François II Gonzague (1466 -1519), comprenait, parmi ses œuvres les plus emblématiques, deux Cupidons endormis : l’un, antique, réalisé par le sculpteur grec Praxitèle, l’autre par Michel-Ange[12]. Deux autres sculptures de Cupidons endormis attestées par les inventaires de la famille de Gonzague au début du XVIIème siècle ont rejoint ensuite la collection[13].

Parmi ces quatre œuvres, trois ont ensuite été vendues au roi d’Angleterre Charles 1er en 1631. Un feuillet les reproduisant sous forme d’esquisses (conservé à la Royal Library, correspond à l’unique témoignage graphique que nous possédons de ces marbres. Leur trace s’est en effet perdue après l’incendie de 1698 qui a détruit Whitehall, résidence où elles étaient conservées[14].

En comparant notre œuvre avec le dessin de la Royal Library et en recoupant avec la description de l’inventaire de la collection des Gonzague de 1627, émerge l’hypothèse suivante : Giovanni-Battista Bellandi, tout comme précédemment Giulio Romano, Jacopo Tintoret (1519-1594) et Orazio Samacchini (1532-1577), s’est inspiré du quatrième Cupidon endormi de la collection des Gonzague resté à Mantoue pour réaliser son œuvre[15].

 

Références:

[1] Cet attribut accompagnait les génies ailés qui apparaissent principalement sur les autels funéraires romains ou les sarcophages. Charles Dempsey, Inventing the Renaissance Putto, UNC Press Books, 2001, pp.1 et 2.

[2] Cette fleur est considérée comme un des attributs du dieu du Sommeil Hypnos. Guy De Tervarent, Op cit, p.352.

[3]G. De Tervarent, Attributs et symboles dans l’art profane : Dictionnaire d’un langage perdu, 1958, p.280

[4] Une anecdote raconte que le plus grand des sculpteurs grecs, Praxitèle, aurait choisi de sauver son Cupidon (celui acquis par la suite par l’empereur Néron) s’il y avait eu un incendie dans son atelier. Voir M.-N. Bouillet, Dictionnaire classique de l’Antiquité sacrée et profane, tome 2, M-Z, Paris, 1841, p.322.

[5] Nos plus vifs remerciements reviennent à la spécialiste de l’artiste, Susanna Zanuso qui nous a permis de lire correctement l’inscription exécutée dans un latin approximatif et qui nous a confirmé l’attribution.

[6] S. Zanuso, notice de L’Allégorie de la Charité attribué à Giovanni Bellandi, Galerie Charles Ratton et Guy Ladrière, De Pierre de Franqueville à Joseph-Charles Marin, catalogue de l’exposition tenue du 6 Septembre au 1er octobre 2016

[7] Girolamo Borsieri, Il Supplemento della nobiltà di Milano, Milan, 1619, p. 66. Ouvrage cité dans S. Zanuso, Galerie Charles Ratton et Guy Ladrière, Op cit.

[8] Une terre cuite représentant une Allégorie de la Charité lui est également attribuée. Voir S. Zanuso, Galerie Charles Ratton et Guy Ladrière, Op Cit.

[9]S. Zanuso, notice de L’Allégorie de la Charité attribué à Giovanni Bellandi, Galerie Charles Ratton et Guy Ladrière, De Pierre de Franqueville à Joseph-Charles Marin, catalogue de l’exposition tenue du 6 Septembre au 1er octobre 2016, 2016, p.18 et fig.6.

[10] Sir James Methuen-Campbell est vivement remercié pour les informations données sur cette œuvre.

[11]Michael Hirst et Jill Dunkerton, Making and Meaning. The young Michelangelo, New Haven et Londres, 1994 ;  De Tolnay , en 1971, « Alcune recenti scoperte e risultati negli studi Michelangioleschi, Accademia Nazionale dei Licei » ; Paul F. Norton, « The lost sleeping Cupid of Michelangelo », in The Art Bulletin, vol 39, N°4, décembre 1951, p.225 ; Stefano Pierguidi, « Orazio Samacchini e il Cupido dormiente antico di Isabelle d’Este », in Atti e Memorie, nuova Serie, vol. LXXXIX (2011) et LXXX (2012), Accademia nazionale virgiliana di Scienze lettere e Arti,  Mantova, 2014, p.88. L’œuvre de Corsham Court est considérée aujourd’hui comme une œuvre du début du XVIIème siècle, peut-être d’origine vénitienne. Voir Paul F. Norton, Op cit note 19, p.255.

[12] Dans l’inventaire de 1540-42, les œuvres sont décrites ainsi : un Cupidon qui dort sur une peau de lion, réalisé par Praxitèle ; un autre Cupidon qui dort, en marbre de Carrare, fait de la main du florentin Michel-Ange. Voir C.M. Brown, Per Dare qualche splendore a la gloriosa città di Mantua : documents for the Antiquarian collection of Isabella d’Este, Roma, Bulzoni 2002, p.338. Pour plus d’information sur les Cupidons endormis de Praxitèle et de Michel-Ange, voir la bibliographie complète présentée dans l’article de Stefano Pierguidi, « Orazio Samacchinie il Cupido dormiente antico di Isabella d’Este », Op cit., pp.77-91.

[13] D’après les inventaires de 1626-27 : Un cupidon qui dort sur une peau de lion évalué 8 écus / un petit amour dormant sur une pierre, deux coquelicots dans la main et valant 5 écus/ Un amour dormant sur un rocher et valant 20 écus/ un autre amour dormant sur une peau de lion et tenant une torche funerale dans sa main et valant 25 écus. Voir R. Morselli , Le Collezioni Gonzaga : l’elenco dei beni del 1626-1627, Cinisello Balsamo (MI), Silvana 2000, p.367.

[14] Pour le détail de la transaction et le descriptif du feuillet intitulé « Busts and Status in Whitehall Gardens », voir Paul F. Norton, Op cit, pp.253-255 et A.H Scott Elliott, The statues from Mantua in the Collection of King Charles I, in Burlington Magazine, CI, 1959, p.223.

[15] Pour plus de détails sur le quatrième Cupidon endormi resté à Mantou, son influence sur les artistes de la seconde moitié du XVIème siècle et l’hypothèse qu’il s’agisse de l’œuvre de Praxitèle, voir Stefano Pierguidi, Op cit, pp.85-90.

10 novembre 2017 Mallié-Arcelin Commissaire Priseur - PARIS HÔTEL LE MEURICE -
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